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Le forestier 19 juillet 2017

Il était un forestier, qui avait planté sa forêt. Son premier arbre, il se l’était dédié, mais il avait si mal poussé qu’il en était devenu tordu et laid. Avec le temps, l’arbre était devenu grand et ses feuilles couvraient les autres jeunes pousses des terribles rayons du soleil et les préservaient des dangers venus du ciel. Ces autres pousses, ces autres arbustes avaient chacun été plantés en mémoire d’une personne chère au forestier et formaient une forêt entièrement protégée par les hauteurs du premier arbre devenu vieux, tordu et immense.
Vint un jour où le forestier se sentit tellement déçu et trompé par ses compagnons à qui il donnait autant d’importance qu’à ses arbres, qu’il décida de vivre seul, loin de ces ingrats. Il s’éloigna de son village et s’installa dans sa hutte près de sa forêt. Chaque jour qu’il s’y promenait il voyait ce grand arbre tordu qui était le sien, protéger les autres plantes de sa forêt qui, comme ses amis, ne pouvaient voir assez haut pour se rendre compte de ce qui les préservait et les maintenait en vie.
Une nuit, s’en fut trop. Ceux qui avaient tout d’abord tenté de le rassurer, avaient abandonnés et aucun autre ne semblait encore se soucier de son existence.
La pluie était glacée malgré les douceurs de l’été, et le forestier qui ne dormait plus, de haillons à peine vêtu, accourut dans son grenier trouver cet objet oublié. Il ne s’en servait jamais de peur de faire mal aux arbres mais si bien aiguisée elle serait son ultime arme.
Il se dirigea violemment hors de sa maison, dans sa rage, démesurée de toute passion, et s’en alla dans sa forêt apaiser tous leurs méfaits.
Pendant qu’il marchait, hache à la main, vers des cyprès et quelques pins, son cri de défit, seul dans le vent, semblait infini, face aux éléments.
Il criait sa rage, il criait sa haine quand un sourd orage lui rappela ses peines.
Il criait toujours ses amours détruis, quand quelque foudre apparut en grand bruit. Mais rien ne lui faisait peur, même les éclairs, leur lueur, n’apaiseraient pas sa colère, plus violente que celle du ciel. Il croisait tous ces arbres qu’autrefois avec amour il plantait, mais de tout cela il se moquait car bientôt sa rancœur les détruirait.
Enfin il arriva, au beau milieu du bois, face à face avec son arbre, laid et tordu mais si grand de toutes ses vertus. Il sembla pleurer malgré la pluie et lui prononcer quelques mots comme à un ami, puis baissant les yeux en s’excusant, il frappa violemment de son tranchant.
Le premier assaut était lancé et toujours il criait, frappant dans le dos comme un lâche, empoignant de toutes ses forces sa hache. Il criait les noms de ceux qu’il enverrait aux cieux, il leur parlait comme à des enfants pendant que sa lame sifflait au vent. Il coupait son arbre, maître de la forêt, pour lui comme une âme dont il se détacherait. Toujours il pleurait quand la pluie redoubla, son cœur s’emballait, mais ne fléchissait pas.
Enfin accompli de son ouvrage, sous les hurlements de l’orage, alors que l’arbre tombait, sous son ombre il se précipita, pour l’accueillir ouvrant les bras, quand dans son dernier cri insensé, sur lui l’arbre était tombé. Seul un dernier grondement annonça son trépas, en quelques instants la tempête se dissipa et les étoiles de l’été apparurent, annonçant les lendemains de chagrin.
Personne ne se souciait du sort du pauvre forestier, mais de la chaleur du soleil on s’inquiétait. Un voyageur égaré se perdit en randonnée et découvrit la forêt calcinée : le soleil de ses rayons avait brûlé les arbres qui n’étaient plus protégés. Le voyageur effaré retrouva le corps du forestier, intact malgré ces nuits sans abris, sous son arbre, enlacé, il souriait comme apaisé : sa colère était vengée. L’arbre quant à lui n’avait pas souffert du soleil et restait étrangement humide de la nuit du suicide. Courant au village pour annoncer le drame, le voyageur ne trouva que cadavres : chaque habitant avait été consumé cette même nuit d’été.

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